Conférences invitées

Nous avons le plaisir d’accueillir les conférenciers suivants :

Christophe d’Alessandro (CNRS, UMR 7190 – Institut Jean le Rond d’Alembert)

Une nouvelle organologie de la voix : chironomie et prosodie de la parole et du chant

La synthèse vocale performative offre une nouvelle approche pour l’analyse et la synthèse de la parole expressive et du chant. Deux instruments vocaux, à la confluence entre nouvelles interfaces pour l’expression musicale, traitement du signal vocal et phonétique acoustique, sont présentés. Cantor Digitalis est un synthétiseur à formants muni d’un modèle spectral de la source glottique, piloté par des gestes bimanuels sur une surface tactile et un stylet. Voks est un vocodeur piloté par des gestes bimanuels, sur une surface tactile et un stylet, ou par un thérémine, augmenté d’un contrôle biphasique du séquencement syllabique. Les unités prosodiques, leur organisation et leur contrôle pour la construction des instruments vocaux sont discutés suivant trois lignes : la stylisation chironomique de l’intonation et de l’effort vocal, le contrôle biphasique du rythme syllabique. La conclusion évoque les applications musicales, pédagogiques, voire cliniques de cette nouvelle organologie de la voix.

Corine Astesano (Université Toulouse – Jean Jaurès, Laboratoire de NeuroPsychoLinguistique, EA 4156 – LNPL)

De la supramodalité du rythme — Implications pour la description prosodique, la remédiation linguistique et l’apprentissage des langues

La prosodie est souvent décrite comme la ‘musique de la langue’. Elle joue une fonction essentielle dans la planification et le traitement de la parole, en facilitant le découpage du signal en unités hiérarchiquement organisées. Dans l’approche métrique du langage, le rythme est considéré comme l’élément fondateur, « l’ossature » de l’organisation prosodique, prééminent à l’intonation. De nombreux travaux ont d’ailleurs été consacrés à la distinction rythmique des langues sur une dimension d’isochronie syllabique (typiquement, le français) vs. accentuelle (typiquement l’anglais). Dans ces travaux, la dimension temporelle du rythme prédomine. En prenant l’exemple du français, cette présentation discutera de l’intérêt de prendre également en considération la dimension métrique à différents niveaux d’actualisation du rythme, afin d’optimiser les mesures du rythme langagier. Par ailleurs, le rythme a une réalité psychologique, cognitive, motrice et neuronale. Je discuterai de l’intérêt de développer une réflexion interdisciplinaire, à la croisée de la linguistique, des sciences de la motricité, des sciences informatiques et de la psychologie cognitive, pour définir les contours du rythme dans sa dimension supramodale. Cette réflexion permettrait d’éclairer les pratiques des orthophonistes en remédiation langagière, et des formateurs pour l’apprentissage d’une L2, qui utilisent intuitivement le rythme moteur corporel pour améliorer l’appréhension du rythme langagier.

Marion Blondel (CNRS, UMR 7023 – Structures Formelles du Langage)

Prosodie et langue(s) des signes : un aperçu poétique

Les langues des signes ont une structure prosodique qui permet de segmenter et d’organiser le flux gestuel. On peut décrire cette structure en s’appuyant sur les paramètres de durée et d’amplitude, qui s’appliquent aux articulateurs manuels et non manuels, eux-mêmes se combinant dans la simultanéité et la séquentialité. Dans le registre poétique, les contours prosodiques sont éventuellement soulignés, détournés, alignés pour élaborer des patrons rythmiques et ‘spatio-mélodiques’. La licence poétique permet alors de repousser les frontières de la langue à l’interface langue / ‘musique gestuelle’. Cette présentation sera l’occasion d’illustrer une proposition d’approche intermodale (audio-vocale / visuo-gestuelle) de la prosodie, et de mettre en lumière les phénomènes de (dé)synchronisation entre articulateurs, entre signeurs (chœurs et slogans), et entre modalités (quand les performances se prêtent à une traduction entre langue vocale et langue gestuelle).

Barbara Tillman (CNRS, UMR 5292 – Centre de Recherches en Neurosciences de Lyon)

Musique et langage : Effets d’amorçage rythmique sur le traitement du langage

Des recherches en neurosciences cognitives ont révélé des similarités et des recouvrements des corrélats neuronaux et cognitifs du traitement de la musique et du langage. Certaines recherches ont focalisé sur le traitement temporel, notamment rythmique et métrique. Ces observations ont mené à la proposition de plusieurs cadres théoriques et à des hypothèses sur le fonctionnement sous-jacent, motivant ainsi des applications vers la recherche clinique. Je présenterai des recherches qui ont permis de montrer des effets bénéfiques d’une stimulation ou d’un entrainement musical, en particulier rythmique, pour améliorer le traitement langagier auprès de populations d’adultes et d’enfants à développement typique et avec des troubles développementaux du langage (notamment la dyslexie et le trouble spécifique du langage oral (dysphasie)). Une hypothèse récente défend l’intérêt d’un dépistage précoce de traitements rythmiques atypiques, indices d’un risque accru pour des troubles langagiers, et qui permettrait d’intervenir tôt afin de diminuer le déficit au cours du développement.